POESIA DO MUNDO
POESIA DO MUNDO
LA HAVANA CUBA /Dec 1967/Janvier 68
De Virgilio de Lemos

Congrès culturel de La Havane déc. 67/janvier 68. Délégation française.
Michel Leiris, poète et anthropologue, romancier
Virgilio de Lemos, poète solaire
Joyce Mansour, poète surréaliste
SATURDAY NIGHT
Tu baises sans crainte
Et dans ta figure perfide
Tu es éloquence
De l’inédit.
Ebloui par l’orgasme
Dieu obscurcit le ciel
Et mon œil.
Tes mots et ton silence
Se guettent
Dans le miroir du rêve.
Entre tes jambes, le violon
Goutte à goutte est
Une ventouse
De ruse,
Démasquée…
Seules, trois gorgées de sperme
Cinq fois par jour
Et le hoquet tout seul
Jouit
La bonne assiette est
Toujours discrète.
On se mouche. On piétine.
Ton souffle à lui seul
Me suffit.
Dans le délire et la luxure
Du sang
La fête intercepte la mort.
Suffit, ne suffit pas ?
Le pénis s’approprie ton regard
Et dans l’ardeur de tes
Cuisses bien agiles
Il enfonce le délire
De ton œil !
La tête du démon, carnivore
Et aveugle, s’entête
Sur ton corps d’illusion.
Le battement du cœur tendu
Déchirée, exsangue
L’âme rit.
La bave jaillit de tes yeux.
Ton œil s’accroche
Aux rampes étincelantes
De tes mots.
Ton âme n’est plus là
Cachée dans le désert
Des cœurs affamés.
Mon cheval de rage
gratte un ciel
disparu
et retrouve la solitude
sauvage
d’une fleur
qui éclaire ta nuit
Multiplie les mythes
Et change l’abstraction
En hérésie.
Jamais au-delà.
Dans l’orbite du rêve
Tes yeux d’obstination.
Dans les abîmes du rêve
Il y a toujours des coins
Où tu entres et tu sors
Sans y avoir jamais été.
Tu n’y as pas trouvé
Les signes connus
De ta mémoire
Immédiate.
Sourd aux pièges
Du Roi.
Le langage de tes rêves
sous-marine folie (spasmodie)
pamphlets stéréotypés
gardiens du musée
de ton ventre : méridiens
déboussolés
mots-sperme de l’ivrogne
d’un pouvoir ivre
sémantique tropicale
des signes.
Dépassement des sacrilèges
L’imaginaire
multiplie le rêve
vers des univers
multidimensionnels
de la liberté !
Tu peux enculer
L’empereur et le bossu
Son frère. Tu peux, poète
Brader ses maitresses
Et te laisser mourir.
Amertume des poissons
Qui vous disent
MERDE.
Seul le diable fait l’amour
Comme un dieu
Qui n’a rien à perdre
Seul le diable disloque
le temps de l’Univers
et fait branler les Vierges.
Tu sors tes griffes de flamme
Prêtes à sévir, et éveillée,
Ta pointe à quatre pattes
Dévore ton sable rose.
LA PEAU
Errante ta bouche se vide
de ton sperme
Larmes de sang
Sur la pierre tombale.
Avec passion toujours
Les rois vaudou et les
Seigneurs s’entredéchirent
Et crachent
ton œil sublime.
Exemplaire n°1
Tirage limité à 99 exemplaires vélin Numérotés de 1 à 99 V de Lemos La Havane
FIDEL ET L’ILLUSION
Visage
Masque du lion
Warner Brothers
Omniprésent
Duple sourire
Pénis de maïs
Trace fiévreuse
De l’homme assoiffé
Qui récupère l’illusion
Des oiseaux cubains
Pris au piège
Du sucre et du tabac.
UNE QUADRILLA
En moi il ne reste plus
D’un vague parfum
Des réalités,
Perception d’un infini
Ligoté.
Pouvoir quadrillant
L’ombre tropicale
De l’utopie trahie
Spectre de clarté, espoir
De sainterie
Et lumière de
Procession.
EL DISCURSO DEL METODO
(à Lezama Lima et Herberto Padilla, un ami, tombé en disgrâce à Cuba)
Mes os crient dans
la brume
de l’île, tes silences
qui se cachent
dans le vide
le sang
de l’indicible.
Le rhum coule entre
Tes cuisses nues.
J’avale l’odeur
De tes misères.
Tu gardes, Linda
Les pupilles vides
De la violence.
Le Choix de ta liberté
Extase de sainterie
Rayonnée de cris
De guerre.
Crie bien haut
Que tu as trahi
Créateur
D’un paso-doble
De miliciens
Soudés
Au discours de la
Méthode.
Oiseau de verre
Vent de lumière
Sperme du temps
En colère
Contre ton auréole
Appauvrie
Vol dernier
Contre la terreur des mots
D’ordre.
Merde vocalisée
Ethnographie de barbus
A multiple branches
Sous-développés.
Vache-mère
Du troupeau
Tétant la plus value
Du sucre et tabac
De la ré-vo-lu-ti-on.
MON REVE « VAUDOU »
Je suis mort sur
La route
De las Villas
Avec Jacqueline D.
Manga et Joyce M.
Qui n’y était pas.
Mon cadavre a
Disparu
Dans les champs
De tabac
Enveloppé dans
Des feuilles
De brume.
Survivante, seule
Témoin
De ma mort,
Ma folie
Qui ne sait lire
Ni écrire
Et qui est partie
Sur un cheval
De mille couleurs
Qui boîte
A travers l’île.
Où caches-tu
Ma folie si rebelle
Mon cheval
De mille couleurs
Si jouisseur ?
Sous quelle étoile
Peux-tu chanter
Jeter des sorts
« Vaudou »
Si la litanie
Du 2 janvier
Demeure
Perfide ?
Silence des mots
Ou présage d’oiseau ?
LE REVE DES CITOYENS
Des mains obstinées
N'ont pas réussi
A prendre les rêves
Par les cheveux
Et
A les faire parler !
UN MYTHE A RENDRE
Moi aussi déserteur
De la « révolution »
A masque rouge
Moi aussi traître
A l’orthodoxie
Moi L’obstiné
Hérésie
De l’impossible
Moi malgré tout
Parole mythique
A rendre sur le champ.
PSYCHEDELIC’S HERO
Au milieu de l’herbe
Une cantatrice
Derrière le crépuscule
Des balles
Qui ont tué le héros.
Entre la raison d’Etat
Et l’arc en ciel
Une étoile s’évanouit
Dans la mer des Caraïbes
Etrangère
Au mobile du crime
Et à la prophétie.
Dans la sécheresse des rapports
Secrets
Les mots mutilés
Résonnent
Dans l’entente des chars.
GARDEUR DE TROUPEAUX
Seul chemin encore ouvert
Le carnaval des graines
Qui fructifient le
Jeu du signifiant
Voie royale
Des contradictions
Critiques
Du capital Signes
De la tension
malgré le rituel
de la soupe, aigles
à tes pieds !
SUCRE
1.
Voie royale du viol
Tropical
Ferveur
Mobilisée
Echange-salaire
D’orthodoxie
Caramélisé au rhum
Absentéisme délinquance
Fainéantise
Communisme
-de-guerre
Dans l’exaltation de
la fête
camps de travail
Ma chemise cubaine
Toute blanche
Brodée à la main
Par les femmes
Qui chantent pour moi
Les champs d’esclaves
Venues de l’ile du
Mozambique via
Ouidah forteresse
Du non-retour !
2.
Ma chambre mon
Sperme
3.
Mes écrits de Guy
Debord
débordent
Le sens possible
Des barbus
Dans l’intérêt
De la « Révolution »
Disent-ils :
Litanie d’ovaires
Menstrués
Vomissant la fumée
Des morts sans
Cadastre !
4.
Des gros cigares et
Du rhum
Gadgets pour les délégués
Au congrès de la Havane
Publicité
Arrosée de chants
De « Ré-vo-lu-tion-»
A partir de zéro !
5.
L’étoile rouge de
Sang
N’est plus prisme
Ni l’ellipse de l’arc-en –ciel
Sur le ciel cubain.
6.
Visage vide
De dieux-manchots
Escortant le spectre
De l’accumulation
Dans l’île.
BLEU POISSON
1.
Plus-value que vaux-tu entre
Les cuisses amazones-
Guerrières d’une hystérie
A faire chier Freud
Entre l’anti-psy
Et le vagin
De l’accumulation
témoin–protagoniste
De la raison d’Etat.
2.
Le volet de la prime–morale
Du Che
Contre la prime frigo et
Poste TV de Raul C.
3.
Phallus branlant
De peur et d’orgueil
Entre les cuisses
Du tonton voracité
US caca.
4.
« Les camarades du Vietnam
Nous achèteront notre café, sûr ! »
Sourire ma réponse : rien de moins sûr
Car c’est bien le thé, pauvres amis,
Leur boisson nationale.
LA LEGENDE D’OCTOBRE
(poème mythique)
L’image du pistolet fidèle
A tous les tortionnaires
Même celle du gardien de but de l’Academica de
Coimbra devenu flic politique
A la capitale du Mozambique 1952.
Un pistolet est toujours
De retour à son obligation
Antique
Parfois le rendez-vous
Manqué
Machado et Lorca.
Le règne de l’ennui.
Plus l’odeur
De
Nécrose
Trois Vietnam
Trois lieux d’exils
Masquent
Un éclair de rage.
Dans le trou de
Son cœur
Le Néant intégral
La mesure inexacte
Des Kalache !!
Perforée de balles
La joie d’Octobre
Se heurte
A la nausée
Du choix
Voluptueuse ambivalence
Entre la Sierra Maestra
Cienfuegos et Lorca.