L'OEIL DU SILENCE OU LE SILENCE EBLOUI
Saint Louis en Isle
L’œil du silence ou Le silence ébloui
Poèmes de Virgilio de Lemos (1989 / 1990)
RIEN, MAIS STRICTEMENT RIEN
1.
Rien,
mais strictement rien,
N’est plus fulgurant,
instantané, mortel
que ta réplique
au Néant.
Le destin n’a pas d’états
d’âme.
Pour mettre en pièces
le complot
tu dois détourner
le langage.
Lumière du rêve et
du soleil
Le vide s’inverse
en discours de rupture
contre soi-même.
17 octobre 1989
2.
Rien n’est plus poussière que les rives
Où tu bâtis tes rêves.
Rien n’est plus fragile et irréel
Que tes rives désertées par la lumière
Des fleurs.
Tu sais bien moins que tu ne le crois
Sur le regard des autres sur toi.
Tard le soir
Le crépuscule esquive sa beauté
En miroir ;
Il cherche son envers, la boue,
La fange.
3.
Entre la jouissance et l’angoisse
L’Automne l’enfourcha, vivante et réelle,
Comme une passion en attente
d’objet.
4.
Juste au milieu de cette après-midi
Le silence du désir
Eclate en moi
Et m’enlève comme en effraction
A ma mélancolie.
L’eau se fraye son chemin et vite
Cesse de me parler
Devient mon double
Tel fantasme qui fustige
Mes songes.
Le silence du désir
Lucide dans sa magie
Me poursuit
sans pitié jusqu’à
l’accouplement
le plus sanglant
de la malédiction.
A plein corps, sujet
De mon obsession sourde
Et inexorable
Lieu sacré du récit
Il s’avance infiniment sauvage
Pour m’extirper la faim.
Saint Louis en Isle le 19 octobre 1989
5.
Couleurs de l’après-midi couleurs
De sang
Couleurs des corps d’éclats
Ecorchés vifs, corps
De rage, de haine
Du moi - corps, corps du vouloir
Mourir
De sa propre mère, corps
du père contre soi-même,
corps aveugle d’absurdes
souvenirs
de corps solitaires
avides de perversion, corps
de l’au-delà des mots
corps sans répugnance d’autre-corps
primitifs, nobles corps
avec le langage des mots.
Couleurs de l’après-midi, couleurs de sang
Tête et corps du désir
Il faut que tes cris s’entendent
Dans le dedans-dehors
De ta rage d’aimer.
6.
Tu sens le mal avant de le nommer,
Eblouie et fascinée
par ton propre portrait. Brise le miroir
avant l’arrivée de Lucifer !
7.
Capable de plaisir et de rage
Dans son exigence de désirs obscurs,
L’inconscient hurle comme
Le vent !
8.
Dans le vol aveugle et large
De ma passion,
Ton crépuscule ardent
Et ton halètement
Transfigurent mon abandon !
MELANCOLIE
1.
Elle me poursuit au fond
De mes peurs.
Elle ronge mon corps
Et souffle mes mots.
Elle descend dans l’arène
Et désigne à mort
L’ivresse du matador.
A l’ombre de mon ancestral ego
Innommable
Le regard lucide du suicidé !
2.
Artifice et éclairage
De l’Antiquité aux grecques
Elle traverse l’écriture
Sans souci regard
Et sang rompant
Doublement
Ton silence
Douleur revenue à toi –même
L’attente secrète
De ton au-delà
De poussière.
Mélancolie, le blanc
De l’âme
Qui se délie.
3.
Presque aveuglément la lumière
Se laisse pénétrer
Vagues murmures, voix enfouies
Au fond de toi.
Sombre désir, dans la volonté
De se refermer sur soi,
A nouveau.
4.
Tes lèvres, ton cou
Ta tête, tes cheveux, tes bras
Tes jambes, l’eau, la verdeur
Du lierre
contre les murs,
lumière et parfum
du crépuscule,
elle déchire ton corps
la pierre avec la force
fragile et tendre
d’un désespoir trahi
le deuil de la nuit
5.
A travers le grillage
Les vibrations de l’eau,
Les rires et les pleurs
De la jouissance
Et du sang.
Lucide, elle exige de toi
Le viol du lieu, de l’heure,
Des yeux, des mots,
Du souffle ignoré
De toutes les formes
Pas suspectes
De la mort.
JOYCE MANSOUR
1.
Dans son éclair, le cercle
Est en partance
Avec ses secrets. L’obscène
Pensée d’Alice
S’acharne sur mon rêve
Qui survit.
L’ombre de la beauté
Se bat contre l’horreur
L’absurde jouit.
2.
J’essaie de lire l’éternel
Dans tes lèvres
Dans le souffle de ton corps
Et mon regard s’arrête.
Je trébuche
Et je reste sans réponse
Dans le silence
De mon cauchemar.
Ta bouche capte
Les vibrations de ma quête,
La trace du feu
Dans les murmures des mots.
3.
Matière issue de la voix
Mots- mémoire du sang
Réverbérations du vertige
Dans la lumière imperceptible
Du silence.
Dans la pudeur de la nuit
Le démenti
L’éclat de la mort. Poussière
Qui demeure.
Virgilio de Lemos
Joyce Mansour poète du surréalisme, meurt d’un cancer
Dans un hôpital suisse en Juillet 1986.Le poète était un ami de Joyce et admirait
Les peintures de Léonor Fini, peintre qui voyageait avec 17 chats en deux voitures !